Intermission – Did Sgt René Bauden shot down Marseille?

I think the month of August is the best time to turn the page on Feux du ciel

I will stop fact checking Feux du ciel…and move on with My Forgotten Hobby III when I receive this in the mail….

But before I move on, let’s take a closer look at the chapter about Lieutenant Colonel Pijeaud in Feux du ciel.

I don’t recall having read it with that much interest in 1965 since it was about a Free French Air Force bomber squadron in Africa. My main interest was mostly with Monogram and Revell model kits in the 1960s. Hans-Joachim Marseille’s name was also mentioned in the chapter as having been shot down by a Bristol Blenheim during a raid by the Lorraine squadron on 20 December 1941.

55 years later I found this information in French on the Internet about Lieutenant Colonel Pijeaud. This is a quick translation.

On 20 December, the “Lorraine”, led by Lieutenant-Colonel Pijeaud, and three other British squadrons carry out a bombing mission on German columns around Benghazi. Attacked by many Messerschmitt 109s, the formation was more or less disrupted and Lieutenant-Colonel Pijeaud’s aircraft caught fire. He then ordered his crew to jump. His observer Gaston Guigonis did jump and five days later he was able to  reach the Allied lines on foot. However air gunner Sergeant Delcros did not reply and Charles Pijeaud jumped from the burning plane by parachute.

Seriously burned in the face and hands, suffering atrociously, he landed and was captured by an Italian patrol. Hospitalized in Derna as the Italians were preparing to flee, he managed to escape although he was blind. He hid for several hours until he realized the Italians were gone. He then returned to the hospital where he waited alone for four days for the arrival of British soldiers.

Evacuated to Alexandria, Lieutenant-Colonel Pijeaud, in spite of receiving good care, died from his wounds on January 6, 1942. He was buried in the French military cemetery in Alexandria.

His wife Colette, who had remained in France had became a Resistance fighter and was arrested and later deported in Germany. She died in December 1943 in the Ravensbrück concentration camp.

Then I found more information which was again written in French. They were notes from an officer with the Lorraine squadron. The author is unknown and it was first published in Revue de la France Libre, n° 49, in June 1952.

This is the original as a tribute to Lieutenant Colonel Pijeaud with some paragraphs translated for my English readers.

Premières armes du “Lorraine”

D’après les notes prises au jour le jour par un officier du groupe.

5 novembre 1941

L’aérodrome de Damas présente une animation inaccoutumée. Une légère brume s’est dissipée sous les premiers rayons du soleil levant, au loin les hauteurs prennent des tons pastels. Devant les hangars sont alignées en deux rangées les escadrilles d’un groupe de Blenheim dont le nom va devenir bientôt célèbre. C’est l’ancien Groupe Réservé de Bombardement n° 1 (ou GRB1), qui s’est battu à Koufra et en Abyssinie, et qui, réuni à l’Escadrille de bombardement n° 2, dont les Glenn Martin viennent d’opérer dans le désert d’Égypte, est sur le point de repartir en opérations. La nouvelle unité porte le nom technique de groupe de bombardement n° 1. Mais le commandant en chef des Forces Aériennes Françaises Libres, le général Valin, vient de décider de donner à chacun de nos groupes le nom symbolique d’une province de chez nous. Les premières unités de chasse seront l’ “Île-de-France” et l’ “Alsace”. Nous, premier groupe de bombardement, sommes le “Lorraine”.

Le Lcl Pijeaud, chef d’état-major des FAFL, a quitté Londres pour prendre le commandement du groupe. Mais il a été retardé au cours de son voyage et c’est le Cdt Corniglion-Molinier qui assume cette fonction au départ de Damas et jusqu’à l’arrivée du Col Pijeaud.

Nous venons de terminer nos vols d’entraînement, et c’est avec une immense joie que nous nous préparons à l’aventure. Il y a là les vétérans de Koufra, de Gondar et de Libye, et tous, les nouveaux équipages, impatients de suivre les traces de leurs anciens.

Il règne près des hangars une activité fiévreuse. De nombreux personnages officiels sont venus assister au départ, mais les adieux sont rapides. On met en marche et l’on démarre. L’un après l’autre, les avions prennent leur piste, procèdent à un dernier point fixe, roulent longuement pour atteindre leur pleine vitesse et décollent parallèlement aux hangars. Bientôt, par groupes de trois, les formations passent au-dessus du terrain, filant vers le Sud. Nous allons nous poser au terrain X dans la zone du canal de Suez, près d’Abou-Sueir, à quelques kilomètres d’Ismaïlia, où nous rejoint bientôt la caravane de 1er échelon roulant qui a traversé la Palestine et le désert du Sinaï à pleins tubes, l’enthousiasme ayant fait quelque peu souffrir la discipline de route.

11 novembre

Une cérémonie se déroule sur le terrain X pour marquer la remise du groupe à la disposition tactique du commandement suprême de la Royal Air Force. Le Gal de Larminat, au nom du Gal Catroux, délégué du Comité National Français au Moyen-Orient, présente notre unité à l’Air Commodore qui représente l’Air Marshal Tedder, commandant en chef des forces aériennes alliées sur le théâtre d’opérations de Méditerranée. Le Cne de Saint-Péreuse, commandant en second, reçoit le fanion de l’escadrille “Metz”, le Cne Goussault celui de l’escadrille “Nancy” (1).

12 novembre

Un premier détachement de 12 avions suivi de son échelon roulant part vers Fuka, à l’ouest d’Alexandrie. Le reste de l’unité nous rejoindra un peu plus tard.

19 novembre

Le détachement avancé s’est installé d’abord sur le terrain 105, puis sur le “LG 75”. L’impression en arrivant est peu encourageante. Le terrain est désolé, et les nombreux trous creusés par ceux qui nous ont précédés indiquent que l’endroit n’est pas de tout repos. Chacun s’installe, améliore l’abri de son choix ou en creuse un autre selon son tempérament. D’ailleurs ces abris, nous le constatons vite, constituent une excellente protection contre le vent, et à tous points de vue le terrain est certainement éventé. Le sable est servi à discrétion à longueur de journée, en poudre fine qui pénètre partout, par la moindre ouverture.

La défense du camp doit être assurée par un détachement de Nord-Africains sous le commandement du Cne Boutgoin (2). Un détachement libanais est venu renforcer l’unité en aide-mécaniciens, armuriers, chauffeurs, etc.

21 novembre

Il y a trois jours, la VIIIème armée britannique a repris son offensive annuelle d’automne, parfois aussi surnommée le “Benghasi Handicap”. Et aujourd’hui nous exécutons notre première mission. Cinq de nos appareils y prennent part. Il s’agit du bombardement de véhicules ennemis sur la route de Bardia à Tobrouk, avec protection de chasseurs Tomahawk, le dernier cri de la production américaine.

28 novembre

Depuis le 21, les sorties se succèdent sans arrêt et avant-hier le groupe tout entier a été engagé dans la bataille. Aujourd’hui est jour de deuil, ou tout au moins de douloureuse incertitude : car nous avons enregistré nos premières pertes. L’avion piloté par l’Adj Jabin, Lt de la Maisonneuve observateur, Sgt Bruneau radio-mitrailleur, est parti en mission individuelle au-dessus de Gazala et ne revient pas.

4 décembre

Un accident au décollage au départ d’une mission cause la mort du Sgt Fifre, l’observateur, le Cne de Maismont, est gravement blessé. Le Sgt Soulat, radio, sort de l’avion miraculeusement indemne.

Nous apprenons par un rapport de prisonnier allemand que l’équipage de l’Adj Jabin est sain et sauf aux mains de l’ennemi (3).

6 décembre

Au cours d’une mission en vol de groupe, l’avion piloté par le Lt Sandré, observateur Slt de Meltcharsky, radio Sgt Lann, est abattu en flammes dans le secteur de Bir-Hakeim. Tout l’équipage est tué.

16 décembre

Les missions continuent sans relâche. En général, on nous donne à bombarder des colonnes ennemies motorisées ou des concentrations de tanks. Souvent aussi nous allons pilonner les poches de résistance de Bardia et d’Halfaya. Jusqu’au 13, les objectifs nous sont désignés avant le décollage ; dès réception des ordres, nous nous envolons, nous nous mettons en formation serrée, nous rejoignons le rendez-vous fixé avec la chasse, nous exécutons notre mission et nous rentrons.

Depuis quelques jours, la procédure est plus compliquée. Les transmissions sont devenues difficiles, et c’est nous qui devons aller nous poser sur les terrains avancés de la chasse : El Adem, Gazala, M’sus, et y prendre nos ordres.

Tous les matins, les équipages prévus décollent de notre terrain, atterrissent chez les chasseurs, attendent les ordres, et rentrent le soir après avoir exécuté leur mission, si mission il y a. C’est un travail qui fatigue les appareils en raison des atterrissages et décollages à pleine charge. Cela fatigue également les équipages.

Mais tout le monde est plein d’allant et d’optimisme. C’est une joie de pouvoir harceler Boches et Italiens… l’offensive paraît donner de bons résultats. L’ennemi recule et le soir, après une journée bien remplie, les mess, ou tout au moins ce qui essaie d’en tenir lieu, retentissent des exclamations d’une bonne humeur générale. La coopération avec les escadrilles britanniques de notre wing est parfaite. N’avons-nous pas tous exactement le même but ?

Ce soir, nous avons eu un show assez intéressant. Un Ju-88, venant comme chaque jour bombarder la station de chemin de fer qui se trouve au bout de notre terrain, a été pris à partie par un chasseur de nuit. Le combat s’est passé au-dessus de nos têtes, nous pouvions distinguer les balles traçantes amies et ennemies. Soudain, un moteur en feu. Le Ju-88 flambe, s’éloigne un moment et revient au-dessus du terrain faire un atterrissage forcé qui se termine en feu d’artifice.

Quelques-uns de chez nous se précipitent en Jeep pour aller voir sur place l’amas de débris en train de flamber. Mais sur ces entrefaites un second Ju-88 pique à mort sur les badauds et se déleste de quelques bombes trop bien ajustées, tout en mitraillant le terrain. Fort heureusement le plat ventre instantané exécuté avec ensemble par le public, réduit les dégâts à un serrement de… cœur général.

17 décembre

Le Lcl Pijeaud vient de retrouver le groupe au terrain 75 et prend son commandement. Le Cdt Corniglion-Molinier, appelé à Beyrouth, nous quitte après avoir été leader de plusieurs missions. Nous voyons partir avec mélancolie un chef, gai compagnon à la verve inépuisable, qui transformait la mission la plus dangereuse en une bonne histoire.

19 décembre

L’offensive Auchinleck-Ritchie continue à faire des progrès. Nous quittons notre terrain pour un autre, à Gambut, entre Tobrouk et Bardia. C’est un ancien aérodrome italien. Le terrain est couvert de petits buissons d’herbe à chameau. Il est également saupoudré “d’araignées” en fer, destinées à crever les pneus. Et ça marche… Une demi-heure après l’arrivée de l’échelon roulant, à peu près tous les camions ont leurs pneus à plat. Le côté humoristique de l’histoire, c’est que ces “araignées” ont été laissées par les Britanniques lors du recul effectué, après la première campagne de Lybie, devant Rommel.

Le camping s’est amélioré, nous trouvons du matériel ennemi en quantité : équipement, armes, essence, avions, même une brosse à dents enduite de pâte dentifrice.

Le convoi auto, transportant le matériel, a eu l’occasion de faire un voyage intéressant à travers le désert. Les poches de Bardia et d’Halfaya étant toujours occupées par l’ennemi, il a fallu, pour les contourner, piquer vers le Sud-Ouest : pour ensuite remonter plein Nord, passant la frontière égyptienne garnie de barbelés à Bir-Shefersen. Le convoi a traversé ensuite Sidi-Omar, où une bataille de tanks vient de se dérouler, laissant de nombreux vestiges.

Parfois, un nuage de poussière, au loin, se transforme en une flottille d’autos blindées fonçant vers le convoi, qui espère philosophiquement que ce sont des amis. Il y a quelquefois des discussions sur la direction à suivre, de l’humour à froid, mais en définitive personne ne se “paume” complètement, et tout le monde arrive au camp à l’heure.

Nous avons eu la visite du maire de Benghazi qui, muni de tous ses bagages, s’en va prendre possession de ses fonctions. Il a été deux fois maire déjà, sous les règnes de Wawell et de Cunningham, et il n’a quitté sa ville que lorsque Rommel est venu la visiter. Il retourne maintenant “chez lui”. C’est l’occasion d’agrémenter la soirée et de corser un peu le menu. Monsieur le maire nous quitte très ému… nous aussi.

Quarante-huit heures plus tard, nous avons la revisite du maire. Il est très surpris de nous revoir et nous demande comment nous avons pu nous déplacer aussi rapidement. Nous avons beaucoup de peine à lui expliquer que nous n’avons pas bougé. Monsieur le maire avait dû certainement avoir des ennuis avec sa boussole.

20 décembre

Nous effectuons une reconnaissance offensive contre des transports ennemis au Nord-Ouest de Benghazi. Quatre équipages du “Lorraine” accompagnés d’un groupe britannique de Blenheim et escortés de Hurricane, participent à l’opération. Il y a deux couches de nuages superposées, l’une assez près du sol.

Nos avions volent entre les deux lorsque soudain 15 Me109 débouchent de la couche supérieure. En l’espace d’un instant, c’est la mêlée ; l’escorte de chasseurs engage le combat immédiatement et les bombardiers piquent vers la protection de la couche inférieure de nuages, les mitrailleurs faisant face aux assaillants. Quelques secondes de combat et l’on voit des appareils en flammes, amis et ennemis, brûlant comme des torches. Les Hurricane réussissent à abattre 5 des Messerschmitt, tout en subissant eux-mêmes des pertes sévères, 4 sont descendus.

L’avion du Lt Ezzano, observateur Sgc Tournier, radio-mitrailleur Sgt Bauden, est pris à partie par deux Messerschmitt, mais l’équipage du Blenheim se défend durement, le pilote feinte et le calme Bauden réussit de quelques rafales à abattre l’un des assaillants : celui-ci après une vrille désordonnée, va s’écraser au sol.

L’autre appareil ennemi fait un passage en éclair, mais sans succès. Devant le sort de son coéquipier, il n’insiste pas. Malgré l’écrasante disproportion des vitesses le Lt Ezzano parvient à semer l’attaquant en gagnant la couche de nuages supérieure.

Malheureusement, l’appareil piloté par le Col Pijeaud, observateur Lt Guigonis, radio Sgt Delcros, a été abattu en flammes presque immédiatement, le mitrailleur tué à sa pièce. Le pilote donne à l’équipage l’ordre de sauter en parachute, et voulant s’assurer que tous ont pu le faire, il attend la réponse du radio-mitrailleur qui hélas ne vient pas. Lorsque le Col Pijeaud se décide enfin à sauter, il est trop tard et il est affreusement brûlé. Le Lt Guigonis s’en tire sans une égratignure, son parachute le dépose loin des restes fumants de l’avion (4).


Translation

We are conducting an armed reconnaissance against enemy transports northwest of Benghazi. Four crews from the “Lorraine”, accompanied by a British group of Blenheims and escorted by Hurricanes, take part in the operation. There are two superimposed layers of clouds, one fairly close to the ground.

Our planes are flying between the two when suddenly 15 Me109s come out of the top layer. In a few seconds, all hell broke loose; the fighter escort immediately joins the fight and the bombers dive towards the protection of the lower layer of clouds, the air gunners facing the attackers. A few seconds of combat and you see burning aircraft, friend and foe, burning like torches. The Hurricanes managed to shoot down 5 of the Messerschmitts, while suffering severe losses themselves, 4 went down.

Ezzano’s plane, with observer Sgc Tournier, and radio gunner Sgt Bauden, was attacked by two Messerschmitts, but the Blenheim’s crew fought back hard, the pilot broke hard and calmly air gunner Bauden managed to shoot down one of the assailants with a few bursts: this one, after an uncontrolable spin, was seen crashing on the ground.

The other enemy aircraft made a quick pass, but without results. Faced with the fate of the other pilot, he did not insist. In spite of the overwhelming difference in speed, Lt Ezzano managed to lose the attacker by reaching the upper cloud layer.

Unfortunately, the aircraft piloted by Col Pijeaud, with observer Lt Guigonis, and radio air gunner Sgt Delcros, was shot down in flames almost immediately, the gunner being killed in his turret. The pilot ordered the crew to parachute out, and wanting to make sure that all could do so, waited for for his radio air gunner to reply. No answer. When Col Pijeaud finally decided to jump, it was too late and he was terribly burned. Lt Guigonis escaped without a scratch as his parachute dropped him away from the smoking remains of the plane (4).


Un autre avion, piloté par le Sgc Redor, observateur Lt du Boisrouvray, radio Sgc Perbost est porté disparu (5).

Le Lcl Pijeaud porté manquant, c’est le Cne de Saint-Péreuse qui prend le commandement du groupe, qu’il avait déjà eu sous ses ordres lors de l’entraînement en Syrie. Nous le connaissons pour un chef infatigable, cumulant les fonctions de pilote et de chef de groupe avec une bonne humeur égale à son courage.

31 décembre

Les missions continuent. Aujourd’hui, nous sommes allés bombarder des concentrations ennemies au-dessus d’Agedabia. La DCA ennemie y était particulièrement violente et l’avion piloté par le Sgc Langer, observateur, Cne Mendousse (6), radio Sgc Mounes (l’Amiral pour les copains) revient endommagé. Il y a de nombreux trous dans l’appareil, notamment un obus de DCA ennemie de 20 mm a explosé dans la carlingue de l’observateur. Bien que blessé, le Cne Mendousse n’a pas perdu son sourire mais il faut l’évacuer sur l’hôpital d’Alexandrie.

Le rythme de nos missions s’accélère et nos équipages réduits par les pertes doivent tenir envers et contre tout. Mécaniciens et armuriers fournissent un effort extraordinaire, dans de dures conditions d’existence, le vent de sable pénètre partout, le temps est très froid, le vent devient glacial et il leur faut travailler les doigts tout gourds, couverts de crevasses, ils doivent faire le plein des moteurs avec des “tanaqués” et charger les bombes à dos d’homme.

Le ravitaillement est assez difficile comme on peut se l’imaginer et le “singe” est le plat de résistance. La région se prête peu à la chasse, les lièvres du désert ont dû prendre des leçons de course à pied des carabinieri et l’on n’en voit pour ainsi dire jamais.

Une fois, malgré tout, par hasard, un jeune chameau a eu le malheur de se trouver sur la trajectoire d’une balle Lebel, tout le monde a eu l’air d’être très peiné par ce malheureux accident, mais en vérité les steaks n’étaient pas plus mauvais que ça.

L’eau, très rationnée, est extraite d’un puits à moitié saumâtre, et le thé, seule boisson que l’on puisse encore obtenir, est bu salé ; y ajouter du sucre donne un mélange impossible à avaler. Parfois l’arrivée d’un camion fait naître un peu d’espoir : il pourrait contenir quelques caisses de bière en boîte, mais hélas, c’est bien rare et nous en sommes quittes bien souvent pour avoir simplement eu l’eau à la bouche. À ce régime chacun est plus ou moins atteint d’un début de scorbut, les dents donnent l’impression de se balader au milieu de leur cavité et les gencives deviennent très sensibles.

Les barbes ont fait leur apparition, notre ami Tournier arbore même un monocle très Napoléon III. Les coupes de cheveux sont du type long, pleins de sable, à tel point que certains au retour ont des démêlés avec les coiffeurs du Caire, qui refusent de risquer d’ébrécher leurs ciseaux. Quel délice sera la première douche, au retour… il en faudra du reste plusieurs, pour arriver à se désensabler complètement…

Heureusement les marraines du Caire ou d’Alexandrie entretiennent le moral grâce à de nombreuses lettres et colis… et si certains se rappellent combien ces bonnes lettres les ont réconfortés, ils se souviennent également avec attendrissement de certains saucissons qui, pendant au plafond de la tente, n’ont jamais eu le temps de sécher.

17 janvier 1942

Pendant toute la quinzaine, des bombardements se sont succédés et plusieurs particulièrement réussis ont valu au groupe les félicitations du commandement britannique. Malgré le nombre réduit des équipages et des avions, la bonne humeur règne.

Les tanks de Rommel ont servi bien souvent de cible, et ils nous ont, bien entendu, rendu la politesse.

Nous avons eu quelques Buchanan Parties où la lutte a été chaude, surtout le jour ou à 800 m nos formations firent trois passages sur une concentration de tanks bien défendue. Jamais, nous ne revînmes à la base aussi criblés de trous.

Ensuite nous avons eu la période plus tranquille, quoique peut-être un peu monotone, du milk run, le harcèlement continu de la passe d’Halfaya, avion par avion, bombe par bombe. Et aujourd’hui Halfaya s’est rendu sans conditions.

– « Je suis sûr que cette reddition est due pour une grande part aux résultats du bombardement, continu et efficace, effectué par le groupe “Lorraine” sur cette position bien et fortement défendue. Je désire complimenter ce groupe pour l’heureuse issue de ses efforts ».

Cette dépêche du 18 janvier 1942, adressée au groupe par le Group Captain Kollet, commandant le Wing n° 270 de la RAF est venu consacrer la fin d’un véritable “service” de bombardement effectué chaque demi-heure sur la ligne Gambut-Halfaya par le groupe “Lorraine” des Transports en Commun (bombes de Cyrénaïque).

20 janvier

Le moment est venu de rentrer au bercail. Les appareils sont fatigués, les équipages et le personnel à terre ont besoin de repos. Aussi le commandement décide-t-il de diriger le groupe sur le Liban, où l’air pur des montagnes va vite remettre tout le monde en état. Une étape est prévue au terrain X, où nous nous étions arrêtés à l’aller, près d’Ismaïlia. Les uns rentrent par avion, les autres par l’échelon roulant.

Ceux qui reviennent sur la route sont heureux, en passant à la passe d’Halfaya, de constater le résultat des bombardements effectués par le “Lorraine” : ce ne sont que débris, ferrailles et batteries d’artillerie démantelées. Au passage nous serrons la main à nos copains du 1er BIM, aux fusiliers marins, aux Légionnaires, aux engagés du Bataillon du Pacifique, à tous les autres de la division Koenig, à nos camarades de l’Armée de terre qui s’en vont à la bagarre. Nous leur disons au revoir et retournons dans nos camions, contents de revenir vers des lieux civilisés, et sur la piste routière, à quelques kilomètres d’Alexandrie, une bédouine bien sale et bien miteuse n’a jamais compris la raison des cris d’enthousiasme qui ont salué en elle la première femme aperçue depuis plusieurs mois.

Auteur inconnu

Extrait de la Revue de la France Libre, n° 49, juin 1952.

(1) Ces fanions furent rapportés en janvier 1943 par un détachement du groupe « Lorraine » qui se dirigeait vers la Grande-Bretagne. Malheureusement le navire qui ramenait ce détachement fut torpillé et coulé au large de Freetown. Dans ce torpillage le Lt Roquère perdit la vie.

(2) Le Cne Bourgoin, aujourd’hui Col inspecteur des parachutistes, devait ensuite faire campagne depuis El Alamein jusqu’en Tunisie, puis en Bretagne. Mais ceci est une autre histoire (à écrire).

(3) Aujourd’hui, nous savons que le Lt de la Maisonneuve – un ancien Saint-Cyrien – mourut des suites de ses blessures. L’Adj Jabin fut tué par les milices italo-allemandes en essayant de s’évader d’un camp de prisonniers en Italie en 1943.

(4) Le Lt Guigonis devait rester cinq jours en plein désert ennemi. Il fut ensuite sauvé par les blindés britanniques avançant vers l’Ouest. Le Col Pijeaud fut évacué par l’ennemi sur l’hôpital de Barce. Apprenant que cet hôpital devait être replié devant l’avance britannique, et bien qu’il fût totalement aveuglé par ses brûlures, il s’évada et se cachant plusieurs jours attendit les Britanniques, qui l’hospitalisèrent à Derna. Il devait mourir le 6 janvier à l’hôpital d’Alexandrie, ayant donné un magnifique exemple d’obstination et de courage.

(5) Aucune nouvelle ne nous parviendra plus jamais de cet équipage.

(6) Devenu pilote sur Beaufighter, le Cne Mendousse disparaîtra en Mer du nord en avril 1944.


Footnotes

According to a Wikipedia article, Marseille was resting in Germany late in December 1941. Was Marseille shot down on 20 December 1941 by an air gunner in the turret of a Bristol Blenheim Mk IV or Clostermann once more made this up in Feux du ciel with another name dropping?


More about Sgt René Bauden

Translated and edited from a French article on Wikipedia

On May 31, 1941, René Bauden joined the Free French Air Force. In September 1941 he was taken on strength with le Groupe Réservé de Bombardement no 1. Deployed in Libya, he took part in some 40 bombing missions and distinguished himself in his role as an air gunner, particularly when he shot down a Messerschmitt Bf 109 attacking its bomber piloted by Yves Ezanno. In 1944, the bombing group was moved to England and René Bauden became part of Arnaud Langer’s crew, which included as an observer Pierre Mendès-France, who was later replaced by Romain Gary. Participating, on the Western Front, in nearly fifty missions over France and Germany, he distinguished himself and was promoted to warrant officer. In February 1945, he was transferred to Transport Group 1/5 operating on Douglas C-47 Skytrain and ended the war with the rank of second lieutenant, totalling about 100 missions.

More about his pilot Yves Ezzano again from a Wikipedia article

Seconde guerre mondiale

En 1940, lors de l’invasion allemande, l’école se replie sur Royan. Entendant le maréchal Pétain annoncer à la radio l’armistice à venir, il décide de poursuivre le combat et s’envole vers l’Angleterre avec plusieurs de ses camarades dont le futur ministre de la défense Jacques Soufflet[1]. Engagé dans les Forces françaises libres dès leur création, il effectue un stage sur Spitfire avant d’être projeté en Afrique où il participe à l’expédition de Dakar[3]. Il débarque en  au Cameroun puis, au sein du Groupe Mixte de Combat no 1 du lieutenant-colonel de Marmier dont il commande la 4e escadrille, il opère au-dessus du Gabon[2]. Au début de l’année 1941, il remplace le lieutenant Guigonis à la tête du détachement chargé de la surveillance anti-sous-marine au Gabon et au Moyen-Congo puis il rejoint le Squadron no 39 britannique dans lequel il est affecté à la 2de escadrille française de bombardement[1]. Avec cette unité, il combat au-dessus de la Libye. En , Yves Ezanno est muté dans l’escadrille “Nancy” du Groupe de bombardement Lorraine tout juste créé. Toujours en Libye dans le cadre de la guerre du désert, il réalise 43 missions dans les cieux de Sidi-Rezegh, Benghazi, Agebadia et du col d’Halfaya[2]. En , alors que le groupe Lorraine est placé en repos, il désire ne pas faire de pause dans les combats et se fait muter au Groupe de chasse Alsace dont il prend le commandement de l’escadrille “Strasbourg” après avoir été promu capitaine[1]. A la tête de celle-ci, il continue les missions au-dessus de l’Afrique du nord, participant notamment à la première bataille d’El Alamein[2]. En , le groupe de chasse Alsace est déplacé en Angleterre en vue des entraînements préparatoires aux futures offensives en Europe[1]. En , il est formé sur bombardier Douglas A-20 Havoc, ce qui lui donne l’occasion de retrouver brièvement son ancien groupe de bombardement Lorraine dont il commande pendant trois mois l’escadrille “Metz”[3]. Affecté ensuite dans une Operational Training Unit, il apprend le maniement du Hawker Typhoon puis rejoint les rangs du Fighter Squadron no 198 de la Royal Air Force dont il prend le commandement trois mois plus tard[3]. Le , il parvient à détruire un poste d’état-major allemand puis s’illustre à nouveau le  lorsqu’il soutient depuis les airs les troupes du débarquement de Normandie en s’attaquant aux chars et véhicules blindés ennemis[1]. Par la suite, il continue les missions au-dessus de la Normandie à LisieuxCherbourgCaenMortain et Falaise[1]. Il suit ensuite la progression des troupes alliées et se trouve au-dessus de Dunkerque puis des Pays-Bas[2]. Le , dans le ciel de Walcheren, son avion est abattu. Malgré ses blessures, il parvient à rejoindre ses lignes mais son état physique le rend indisponible pour le combat jusqu’en [3].


Finally more about 342 Squadron

Image taken from the Internet with the caption

Source:

http://halifax346et347.canalblog.com/archives/groupe_lorraine__squadron_342_/index.html

91383270_o.jpg

6 December 1941

From left to right standing: S/Lt PATURAU, Lt ROZOY, Cpt de SAINT-PEREUSE, S/Lt BIMONT, Lt de THUISY, S/Lt MELTCHARSKI, Sgt/C TOURNIER, Sgt LANN, Adjt JOYANNY, Adjt MOREL, Sgt LICOU, Sgt PINSON, Sgt PROUVE, Adjt DEPRAT, S/Lt DESSA, Sgt de GUILHEM, Soldat CARRE, Sgt/C DEDIEU, Flight Sgt SMITH.

From left to right sitting: Under the tail almost invisible, Lt SANDRE, next Lt CHARBONNEAUX, Lt du BOISROUVRAY, Cpt ROQUES, Lt QUESNEL, Sgt BAUDEN, Lt EZANNO, Sgt/C VERGERIO, Sgt BARRAT, Lt GUIGONIS, Sgt/C LAGATU.

(collection: Odile ROZOY-KUNZ)

Sgt BAUDEN, was the air gunner who had supposedly shot down Marseille. Lt EZANNO was the Blenheim Mk IV pilot.

Below ia an image of a Bristol Blenheim Mk IV flown by the Lorraine.

I know Airfix has a 1/48 scale Bristol Blenheim, but it’s a Mk. IF.

1105571-15655-56-720

They also have a 1/72 scale Blenheim Mk IV.

1025262-15610-31-720

If they ever release a Mk IV in 1/48 scale, I would probably add it to my collection as a memento to Lieutenant Colonel Pijeaud and Sgt Bauden of the Lorraine squadron.

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